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# De Saint-Ouen à Saint-Ouen

Chronique de Patrick Saussois

Peut-on dire aujourd’hui que le jazz - la musique, devrait-on dire - manouche est installée dans le paysage musical de notre époque ? Bien sûr, ce courant musical longtemps ignoré des milieux  dits “autorisés”, connaît aujourd’hui une vogue sans précédent, après une traversée du désert qui dura de la fin de la seconde guerre mondiale aux milieu des années quatre-vingt-dix. Durant toutes ces longues années quelques-un, au fil des générations, ont entretenu la flamme, tant par passion que parfois même par habitude, naturellement, sans trop se questionner; sans savoir si leur musique sortirait un jour d’un petit cercle d’amateurs initiés. Ceux-là, les “gardiens du temple” pourrait-on dire, n’ont pas appris dans une école, avec une méthode ou grâce aux nombreux disques et écrits qui foisonnent aujourd’hui sur le sujet, mais par la transmission orale, par l’écoute des aînés, par les souvenirs glanés ça et là au cours d’une soirée familiale ou d’une fête quelconque. Beaucoup ne possédaient d’ailleurs même pas de quoi écouter des disques.
Mondine est de ceux là. La guitare, lui, il l’a apprise à coup des paires de claques et de coups de pieds au fesses, généreusement distribués par ses frères aînés quand ils ne le trouvaient pas assez assidu à leur goût. Comme pour l’essentiel des guitaristes manouches et gitans de cette génération, la musique est une tradition familiale établie.
Jacques “Mondine” Garcia n’a jamais vraiment quitté Saint-Ouen.

Bien que né à Paris en 1934, sa famille est installée depuis fort longtemps dans cette commune limitrophe du nord de la capitale, célèbre depuis le dix-neuvième siècle pour son marché aux Puces de réputation mondiale. Ce marché, s’il est le paradis des chineurs et autres amateurs de fripes, de vieilleries et d'antiquaille est aussi riche de nombreux restaurants et débits de boissons fort pittoresques, où il n’était pas rare d’entendre violonistes, accordéonistes, guitaristes et autres chanteuses et chanteurs de musiques populaires. Saint-Ouen, de la chine à la musique, est vraiment un lieu rêvé pour des familles de gitans!
Mais ses débuts dans le métier, Mondine les fera comme tous ses confrères dans les bals musette et les dancings. École de la musique mais aussi école de la vie. On rencontre en ces lieux toutes les couches de la société, mais pas forcément les plus recommandables et Mondine s’y forgera un solide caractère et un tempérament bien trempé.
À vingt ans, il est déjà un solide guitariste doté d’un retoutable “coup de plume” et d’un répertoire considérable qui s’étend des musiques de danse aux standards de jazz en passant par les chansons à la mode ou refrains populaires, la musique que l’on disait alors “de genre”, et bien sûr les airs traditionnels appris dans le cercle familial. Vers 1956, l’un des lieux les plus célèbres du marché aux puces de St-Ouen, le restaurant “Chez Louisette”, fait appel à ses services.

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